De Féline

High Down Kisses

sortie le 21 septembre 2018
Les Barbarins Fourchus / InOuïe Distribution

DE FÉLINE

On le connait en Monsieur Déloyal des Barbarins Fourchus, grande gueule à la voix rauque, dans la prestigieuse lignée des chanteurs fumeurs français gratifiant les scènes, les rues, les rades éclectiques de leur puissante aura d’atmosphère. Mais connaît-on vraiment le maître de cérémonie nommé Delfino ? Rien n’est moins sûr à l’écoute de son premier projet discographique solo, enregistré sous ce nom tellement approprié – De Féline

HIGH DOWN KISSES

Dès le titre, le jeu sur les mots, la figure de style d’une évidente nonchalance, l’envie d’entrechoquer les contraires pour voir si par hasard, il n’en sortirait pas une douceur étrange.  Peintre impressionniste et sculpteur extravagant, punk sombre et chanteur lumineux, amoureux passionné et amant pudique, De Féline a trituré toutes ses facettes pour délivrer cette somme de morceaux mutants, invocations de ses aventures émotionnelles les plus marquantes, brouet d’un passé regardé sans nostalgie amère, avec ce qu’il faut de mélancolie, de poésie et de sensualité.

Homme de projets collectifs avant tout, De Féline a dû se faire violence pour accoucher de ce premier disque porté par sa personnalité. Dans le rôle du maïeuticien, Guillaume Asseline, réalisateur proche de la troupe Lo’Jo, ces fidèles compagnons de route des Barbarins dont de nombreux musiciens sont venus prêter main forte au projet High Down Kisses durant ses trois années de conception. De Féline se tenait au bord du gouffre, des idées de morceaux sous un coude, des monologues de textes au kilomètre calées sous l’autre. Guillaume s’est approché, bonhomme, détendu, sourire en coin,, et l’a entraîné dans le vide, le grand plongeon vers l’inconnu artistique.

Il l’a fait travailler sur la mise en espace, la respiration, le souffle sur et entre les mots. De Féline débarquait avec trois pages de paroles denses, Guillaume le poussait à élaguer, à couper, pour n’en retenir que la portion la plus fluide à l’écoute. Une fois ce délicat débrouissaillage textuel opéré, le plus délicat restait à venir : sortir de sa zone de confort vocal, pousser dans les graves, les aiguës, s’aventurer dans des territoires inexplorés par le mercenaire des ambiances cabaret. De Féline fusionne pop, rock et chanson dans un paysage musical français en quête désespérée de déglingue, de rouage denté à même de gripper les machines trop huilées. De Féline trace sa propre voie, à rebours de tous les courants actuels, et rien que pour ça, il faudrait le remercier.

Delfino peut avoir cet air intimidant de Barbarin baroudeur à qui on ne le fait pas, De Féline dévoile une conscience de l’impermanence des mondes, des gens, des sentiments, une fragilité brandie en étendard au nom du droit de rêver à la passion dévorante. À la relation qui consume, se consume, nous consume dans son expression crue. High Down Kisses poétise les étreintes brisées, insuffle de la vie dans les souvenirs qui ne veulent pas disparaître. Dans un entredeux ouaté entre rock français et chanson anglaise, l’album défile sans qu’on y prenne garde, s’écoute une fois, deux, trois puis quatre d’affilée, se remet sans encombres l’apéro et le dîner passé, seul ou en galante compagnie.

Sur scène, High Dow Kisses se réinvente. De Féline et ses sbires dépècent les arrangements complexes de chaque piste, déconstruisent les morceaux pour s’en réapproprier l’âme. L’essence même du projet réside dans la prise de risque, dans le bousculement des habitudes. Et tant pis si le disque a pris tant de temps, tant de peaufinages maniaques pour parvenir à ce résultat d’une limpidité éloquente : l’expérience scénique ruera dans les brancards et bouleversera tout, pour le plus grand bonheur des spectateurs avides d’expériences inédites. Rendez-vous dans un premier temps les 18 et 19 octobre à la Salle Noire.

François Cau